1 femme sur 3 ne se sent pas indépendante financièrement
Ce chiffre mérite qu’on s’y arrête. Il ne parle pas simplement d’argent. Il parle de sécurité. Il parle de liberté. Il parle de pouvoir de décision. Et surtout, il révèle un déséquilibre encore profondément ancré dans nos structures sociales.
Se sentir indépendante financièrement ne signifie pas nécessairement gagner beaucoup d’argent. Cela signifie savoir que l’on pourrait subvenir seule à ses besoins. Cela signifie pouvoir faire face à un imprévu sans dépendre d’un tiers. Cela signifie pouvoir quitter un emploi ou une relation si elle devient insatisfaisante ou destructrice. L’indépendance financière est avant tout un sentiment de sécurité intérieure.
Alors pourquoi un tiers des femmes ne ressentent-elles pas cette sécurité ?
La réponse ne peut pas être réduite à une question individuelle. En France, les écarts de rémunération persistent. Les femmes sont davantage présentes dans les emplois à temps partiel. Elles interrompent plus souvent leur carrière pour s’occuper des enfants ou d’un proche. Elles assument encore majoritairement la charge familiale. Tous ces éléments produisent des trajectoires économiques plus fragiles.
À long terme, cela signifie des revenus plus faibles, une capacité d’épargne réduite, des retraites moins élevées. L’insécurité financière ne naît pas d’un manque de travail. Elle naît souvent d’un système qui distribue différemment les opportunités et les responsabilités.
Mais les freins ne sont pas uniquement économiques. Ils sont aussi culturels et psychologiques.
Dès l’enfance, beaucoup de femmes reçoivent des messages implicites qui façonnent leur rapport à l’argent et au pouvoir. On valorise la prudence, la sécurité, la stabilité. On encourage à choisir un métier « sûr ». On parle rarement d’investissement, de négociation salariale, de stratégie patrimoniale. L’ambition financière féminine reste encore parfois perçue comme excessive ou déplacée.
Ces conditionnements ont des effets très concrets. Certaines femmes sous-évaluent leur travail. Elles hésitent à augmenter leurs tarifs. Elles négocient moins leur salaire. Elles doutent davantage de leur légitimité. Non pas par manque de compétence, mais parce qu’elles ont intégré l’idée qu’il ne faut pas trop demander, qu’il ne faut pas déranger, qu’il ne faut pas paraître intéressée par l’argent.
Or, l’argent est un outil. Et comme tout outil, il peut être un levier de liberté.
Ne pas se sentir indépendante financièrement peut conduire à rester dans une situation que l’on ne choisit plus vraiment. Cela peut signifier retarder un projet entrepreneurial par peur du risque. Cela peut signifier supporter un environnement professionnel toxique par crainte de perdre un revenu. Dans les cas les plus graves, cela peut même signifier rester dans une relation par absence de sécurité économique.
L’indépendance financière n’est donc pas une revendication matérialiste. Elle est une condition d’autonomie. Elle permet de dire non. Elle permet de décider. Elle permet de se projeter sans dépendance contrainte.
Construire cette indépendance demande des compétences qui ne sont pas toujours enseignées. Savoir lire ses chiffres. Comprendre ses besoins réels. Fixer des objectifs financiers. Oser vendre, négocier, investir. Apprendre à parler d’argent sans honte ni gêne. Cela demande aussi un environnement qui soutient et valorise ces démarches.
Il ne s’agit pas de faire porter la responsabilité uniquement sur les femmes. Les entreprises ont un rôle à jouer en matière d’égalité salariale et d’évolution de carrière. Les politiques publiques ont un rôle à jouer dans la réduction des inégalités structurelles. Les modèles éducatifs doivent également évoluer pour intégrer pleinement l’éducation financière des filles comme des garçons.
Mais il s’agit aussi de réhabiliter un discours clair : vouloir être indépendante financièrement n’est ni égoïste ni excessif. C’est légitime.
Derrière le chiffre “1 femme sur 3” se cache une réalité complexe faite de peurs, de freins, d’héritages et d’inégalités persistantes. Ce chiffre ne devrait pas être perçu comme une statistique abstraite. Il devrait être un signal.
Chez Les Tricoteuses, on aborde ce sujet dans toutes les promos de notre incubateur et systématiquement lors du parcours personnalisé des femmes qui suivent l’un de nos bilans de compétences. On aborde ce sujet avec notre méthode FIL qui permet à chacune de s’interroger sur ses héritages.
Vaste sujet, sujet essentiel pour cheminer et s’aligner professionnllement.
Source : “Les Françaises et leur émancipation financière en 2025” Forvis Mazars pour Financi’Elles