Le syndrome de l’impostrice : pourquoi avons-nous parfois l’impression de ne jamais être assez ?
Vous venez de terminer un projet important. Vous avez travaillé dessus pendant plusieurs semaines. Vous avez consacré du temps, de l’énergie et beaucoup d’attention aux détails.
Le résultat est positif. Les retours sont bons. Pourtant, au lieu de ressentir de la fierté, une autre pensée apparaît :
"J’ai eu de la chance."
"J’aurais pu mieux faire."
"Ils vont finir par se rendre compte que je ne maîtrise pas autant que je le pensais."
Ce décalage entre ce que l’on réalise réellement et la manière dont on perçoit sa propre valeur porte un nom : le syndrome de l’impostrice.
Ce phénomène concerne de nombreuses personnes au cours de leur vie professionnelle, notamment lors des périodes de changement : une prise de poste, une évolution de responsabilités, une création d’entreprise, une reconversion ou un nouveau projet. Et notamment les femmes.
Il ne signifie pas que l’on n’a pas les capacités nécessaires.
Il traduit plutôt une difficulté à reconnaître sa propre légitimité.
Quand le doute prend plus de place que la confiance
Le syndrome de l’impostrice correspond à cette sensation de ne pas être totalement à sa place, malgré les expériences vécues et les étapes franchies.
La personne peut avoir tendance à minimiser ses réussites, à attribuer ses résultats à la chance, au contexte ou à l’aide des autres, tout en accordant beaucoup d’importance à ses erreurs ou à ce qu’elle ne maîtrise pas encore.
Comme si le regard porté sur soi était systématiquement plus exigeant que celui porté sur les autres.
Une collègue réussit un projet complexe ? Nous reconnaissons volontiers son travail.
Nous réalisons un projet similaire ? Nous cherchons immédiatement ce que nous aurions pu améliorer (ou on valorise le travail collectif).
Cette différence de regard est au cœur du mécanisme.
Pourquoi est-ce si difficile de reconnaître ses propres avancées ?
La confiance professionnelle ne se construit pas uniquement grâce aux compétences que nous développons.
Elle se construit aussi grâce à la manière dont nous interprétons notre parcours.
Or, beaucoup de femmes ont appris à regarder davantage ce qu’il reste à améliorer que ce qui a déjà été accompli.
Dans le monde professionnel, cela peut se traduire par une recherche permanente de perfection, une difficulté à valoriser son expérience ou une tendance à attendre d’être totalement prête avant d’oser.
Certaines femmes repoussent une candidature parce qu’elles ne remplissent pas 100 % des critères d’une offre d’emploi.
Certaines entrepreneuses hésitent à présenter leur offre parce qu’elles pensent devoir encore approfondir leur expertise.
Certaines professionnelles refusent une évolution parce qu’elles se demandent si elles seront capables d’assumer ce nouveau rôle.
Dans beaucoup de situations, le frein n’est pas l’absence de potentiel.
Le frein est parfois le regard que l’on porte sur soi.
Les signes du syndrome de l’impostrice
Le syndrome de l’impostrice peut prendre plusieurs formes. Voici quelques comportements qui peuvent mettre sur la voie.
Vous avez du mal à reconnaître vos réussites
Vous avez tendance à relativiser ce que vous avez accompli.
Lorsque quelqu’un souligne votre travail, vous répondez facilement :
"Ce n’était pas grand-chose."
"J’ai simplement eu les bonnes personnes autour de moi."
"C’était surtout une question de circonstances."
Vous avez peut-être appris à expliquer vos réussites, mais pas forcément à les accueillir.
Vous avez peur de ne pas être suffisamment légitime
Avant de vous lancer dans un nouveau projet, vous cherchez encore une formation supplémentaire, une expérience supplémentaire ou une validation extérieure.
Apprendre et progresser sont évidemment essentiels.
Mais parfois, cette recherche de préparation devient une manière de repousser le moment où vous vous autorisez à avancer.
Vous vous comparez beaucoup
Vous voyez les autres avancer, évoluer, communiquer avec assurance, développer leur activité ou prendre la parole facilement.
Mais vous ne voyez pas leurs doutes, leurs hésitations ou les étapes qu’elles ont traversées.
Vous comparez votre réalité intérieure avec l’image extérieure des autres.
Vous vous imposez des standards très élevés
Vous avez peut-être le sentiment qu’un travail réussi est simplement un travail sans erreur.
Vous avez du mal à accepter l’imperfection, alors même qu’elle fait partie de tout apprentissage.
Cette exigence peut être une force.
Mais lorsqu’elle devient permanente, elle peut aussi devenir épuisante.
Comment retrouver un regard plus juste sur son parcours ?
L’objectif n’est pas de supprimer tous les doutes.
Le doute fait partie de la vie professionnelle. Il nous pousse à apprendre, à évoluer et à nous remettre en question.
L’enjeu est plutôt de ne pas laisser ce doute effacer tout ce qui existe déjà.
Apprendre à regarder son parcours autrement
Nous avons souvent une mémoire sélective de notre vie professionnelle.
Nous retenons les moments où nous avons hésité, les erreurs commises ou les difficultés rencontrées.
Mais nous oublions les situations dans lesquelles nous avons appris, progressé ou trouvé des solutions.
Prendre le temps de faire le bilan de son parcours permet de retrouver une vision plus complète de ses ressources.
Identifier ses compétences autrement
Les compétences ne se résument pas aux diplômes ou aux intitulés de poste.
Elles se construisent aussi dans les expériences vécues : gérer une situation complexe, accompagner une équipe, résoudre un problème, s’adapter à un changement, apprendre rapidement.
Parfois, il faut simplement prendre le temps de mettre des mots sur ce que l’on fait naturellement.
Accepter d’évoluer sans tout maîtriser
Une nouvelle étape professionnelle implique toujours une part d’inconnu.
Personne ne se sent totalement prêt avant un changement important.
La confiance arrive souvent progressivement, grâce aux expériences vécues et aux actions que l’on ose entreprendre.
Et si le syndrome de l’impostrice était aussi un moment de questionnement ?
Les périodes où ce sentiment apparaît sont souvent des moments charnières.
Une envie d’évolution.
Une remise en question.
Une recherche de sens.
Une envie d’entreprendre.
Une fatigue liée à un fonctionnement qui ne convient plus.
Le syndrome de l’impostrice peut alors être l’occasion de se poser de nouvelles questions :
Qu’est-ce que je veux vraiment pour la suite de mon parcours ?
Quelles sont les compétences que j’ai développées ?
Dans quel environnement ai-je envie d’évoluer ?
Qu’est-ce qui correspond aujourd’hui à la personne que je suis devenue ?
Parce qu’évoluer professionnellement ne consiste pas seulement à acquérir de nouvelles compétences.
C’est aussi apprendre à mieux se connaître, à reconnaître son chemin parcouru et à construire un projet qui a du sens.
Parfois, la première étape n’est pas de devenir quelqu’un d’autre.
C’est simplement de poser un regard plus juste sur celle que l’on est déjà.