Paroles de tricoteuses - Chloé : je fais ma rupture conventionnelle et j’apprends que je suis enceinte le même jour.
Je m'appelle Chloé. Lorsque j'ai rencontré Les Tricoteuses, j'étais à un moment charnière de ma vie. Je venais de traverser un burn-out, sans jamais m'être autorisée à m'arrêter. J'avais continué à travailler coûte que coûte, persuadée qu'il fallait tenir.
Quelques mois plus tard, une rupture conventionnelle est venue mettre un terme à cette aventure professionnelle. Le même jour, j'ai découvert que j'étais enceinte.
J'aime dire aujourd'hui que la vie a choisi de refermer une porte pendant qu'elle en ouvrait une autre. Sur le moment, pourtant, je n'y ai vu qu'un immense vertige. Je perdais mes repères professionnels au moment même où j'allais devenir maman. Je ne savais plus ce que je voulais faire, ni même ce que j'étais encore capable de faire.
C'est dans ce contexte que j'ai entrepris un bilan de compétences avec Les Tricoteuses.
Tu racontes être arrivée aux Tricoteuses dans une période particulièrement intense de ta vie. Comment le burn-out s'est-il installé ?
Je ne l'ai pas vu arriver. Enfin... les signes étaient là, mais je les minimisais.
J'étais fatiguée en permanence. Chaque journée me demandait un effort immense. J'allais travailler avec la boule au ventre, je rentrais le soir en pleurant et je n'avais plus d'énergie pour rien. Même continuer la danse, qui était pourtant mon moment de respiration, me demandait une force considérable.
Le déclic est arrivé le jour de mon anniversaire. Je me suis réveillée persuadée que je faisais une crise cardiaque. Mon médecin m'a expliqué que je traversais une énorme crise d'angoisse et, pour la première fois, quelqu'un a mis des mots sur ce que je vivais.
Lorsque ce même médecin m'a proposé un arrêt de travail, je lui ai répondu : « Surtout pas, il faut que j'aille travailler. » Avec le recul, cette phrase résume parfaitement l'état dans lequel j'étais.
« Aujourd’hui, je sais que cette période était indispensable. Avant de retrouver un métier, j’avais besoin de me retrouver moi. »
Après cette rupture, comment as-tu vécu cette période de reconstruction ?
Je ne me suis pas lancée immédiatement dans une recherche d'emploi. J'en étais incapable.
J'avais besoin de me reconstruire, de vivre ma grossesse et de retrouver un peu d'énergie. Pendant plusieurs mois, je suis restée chez moi. Beaucoup de personnes me demandaient quand j'allais reprendre le travail. Moi-même, je culpabilisais énormément.
J'avais l'impression de ne plus être utile.
Aujourd'hui, je sais que cette période était indispensable. Avant de retrouver un métier, j'avais besoin de me retrouver moi.
Y a-t-il eu un moment qui a changé ton regard sur cette période ?
Oui. Un Speed Working organisé par Les Tricoteuses.
J'y suis allée sans vraiment savoir ce que j'allais y chercher. En échangeant avec d'autres femmes, je leur ai confié que j'avais le sentiment d'être un peu « un rebut de la société », parce que je prenais une année pour me reconstruire.
Leur réaction m'a profondément marquée. Elles m'ont expliqué que je ne perdais pas une année. Elles voyaient au contraire une femme qui prenait enfin le temps de reconstruire des bases solides pour la suite.
Je suis repartie de cette rencontre avec un regard complètement différent sur ce que je vivais.
« J’ai compris que je n’étais plus la même personne qu’il y a dix ans. Mes besoins avaient évolué, mes envies aussi, mais je continuais à fonctionner comme si rien n’avait changé. »
Qu'est-ce que ce parcours t'a permis de découvrir sur toi ?
Je pensais que le bilan de compétences allait m'aider à trouver un métier. En réalité, il m'a surtout permis de mieux me connaître.
J'ai compris que je n'étais plus la même personne qu'il y a dix ans. Mes besoins avaient évolué, mes envies aussi, mais je continuais à fonctionner comme si rien n'avait changé.
Cette prise de conscience a été déterminante. Aujourd'hui, je sais beaucoup mieux ce qui me nourrit, ce qui me fatigue et dans quel environnement j'ai envie d'évoluer.
Aujourd'hui, où en es-tu dans ton parcours professionnel ?
Je n'ai pas encore toutes les réponses, mais je sais désormais dans quelle direction j'ai envie d'aller.
Au début de cette période, j'avais l'impression que devant moi il n'y avait ni montagne, ni colline. Seulement une immense plaine. Toutes les directions étaient possibles et c'était précisément ce qui me paralysait.
Aujourd'hui, les montagnes sont réapparues.
Je ne sais pas encore quel sommet j'atteindrai, mais je vois enfin le sentier que j'ai envie d'emprunter. Et je l'aborde avec beaucoup plus de confiance.
Quel message aimerais-tu transmettre aux femmes qui liront cet entretien ?
Je leur dirais de ne pas attendre d'être complètement épuisées pour écouter ce que leur corps essaie de leur dire.
Pendant longtemps, j'ai cru qu'il fallait tenir, faire des efforts, continuer coûte que coûte. Aujourd'hui, je sais que ralentir n'est pas renoncer. C'est parfois la condition nécessaire pour construire une vie professionnelle plus respectueuse de ce que l'on est.
Et surtout, je leur dirais de ne pas avoir peur de prendre le temps. Ce temps que l'on croit parfois perdu est souvent celui qui nous permet de nous reconstruire.