Marie NÉDELLEC - Reprendre le fil de son histoire
Quelques mots pour te présenter, personnellement et professionnellement.
Je m’appelle Marie Nédellec. Je suis la fondatrice de l’Académie Les Tricoteuses, où j’accompagne des femmes à (re)trouver l’épanouissement au travail.
Je suis aussi une femme curieuse, profondément engagée et animée par une quête de sens. J’ai créé plusieurs entreprises, exercé des responsabilités politiques, accompagné des centaines de femmes…
Je suis une femme intense, entière. Je ne rentre pas dans les cases, et ça je l’ai su très tôt
Petite, qu’est-ce que le mot « réussite » évoquait pour toi ? Quels étaient tes rêves ou tes convictions ?
J’ai grandi en Bretagne dans un milieu modeste. Des grands parents agriculteurs, mon père était ouvrier, ma mère femme de ménage. J’ai mesuré très jeune ce que signifiait « travailler ». Il fallait travailler dure, serrer les dents, ne jamais se plaindre et surtout « pour réussir, il faut travailler ».
Petite, je voulais être fleuriste, institutrice. Avec le recul, je ne rêvais pas grand. J’envisageais de réussir avec ce que j’avais sous les yeux. En revanche, je sentais très fortement que je devais travailler pour ne pas devoir faire un travail que je n’aimais pas. Je me souviens l’avoir ressentit très jeune. Probablement que ça a influencé mon parcours jusque là.
Petite, j’étais une enfant timide. Je préférais les conversations avec les adultes aux jeux de cour de récréation. Le bruit m’épuisait, je passais beaucoup de temps dans mon imaginaire et j’avais souvent le sentiment d’être un peu à côté. Pendant longtemps, j’ai cru qu’il fallait apprendre à devenir comme les autres. J’étais souvent trop ou pas assez mais surtout pas suffisamment dans la norme.
Petite, j’ai grandi en voyant des femmes souffrir. Certaines étaient victimes de violences, d’autres vivaient des renoncements plus silencieux. Je les voyais porter énormément de choses sans jamais se plaindre. Je ne comprenais pas tout, mais je ressentais profondément cette injustice. Avec le recul, je crois que c’est là que s’est construit mon regard sur le monde.
Petite, j’étais déjà une tricoteuse finalement.
« Je n’ai jamais eu un plan de carrière. En revanche, j’ai toujours suivi ce qui me mettait en mouvement et mon intuition. »
As-tu su très tôt quel serait ton chemin professionnel ou t’es-tu construite au fil des expériences ?
Je me suis construite en avançant. Avec deux boussoles : mon intuition et mon envie constante de créer et d’imaginer.
Je n’ai jamais eu un plan de carrière. En revanche, j’ai toujours suivi ce qui me mettait en mouvement. J’ai entrepris, créé plusieurs entreprises, développé des équipes, exercé des responsabilités publiques… Chaque étape m’a appris quelque chose, mais aucune n’était une fin en soi.
J’aime ressentir les choses, j’écoute mon intuition. Et quand un projet me parle, qu’il me fait vibrer rien que de l’imaginer, j’y vais. Je n’avance pas non plus au doigt mouillé, j’ai appris à identifier les drapeaux rouges et verts. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai créé l’écologie professionnelle.
« j’ai appris à aimer la goutte d’eau qui a fait déborder le vase »
Y a-t-il eu des moments où tu bifurques dans ton parcours ?
Oui, plusieurs. J’ai l’impression d’avoir une 10 vies.
Le plus marquant est sans doute mon burn-out. Je suis restée coincée dans ma baignoire, sortie par les pompiers (quand je vous dis que je fais tout avec intensité). Mon corps s’était arrêté avant moi. À ce moment-là, j’ai cru que tout s’effondrait. J’ai tenté de lutter les premiers jours : alitée j’ai bien ouvert l’ordinateur et tenté d’avoir une vie normale alors que j’étais incapable de me lever pour me faire à manger (merci merci les voisines pour leur attention et les bons petits plats).
Je suis restée coincée dans ma baignoire. Ce sont les pompiers qui sont venus me sortir de chez moi.
Aujourd'hui, j’en souris de cette scène rocambolesque. À l'époque, pourtant, il n'y avait rien de drôle. J'avais la sensation que toute ma vie s'effondrait.
Mais j’ai bien tenté de lutter les premiers jours. Allongée dans mon lit, j'ouvrais mon ordinateur comme si rien ne s'était passé, alors même que je n'étais plus capable de me lever pour préparer un repas (merci merci les voisines de m’avoir nourrie). Mon corps avait arrêté de lutter. Ma tête, elle, refusait encore de l'entendre.
Il m’a fallu des mois pour sortir la tête de l’eau.
Aujourd’hui, je ressens profondément que j’ai appris à aimer la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Parce que cette goutte m’a obligée à regarder ma vie autrement. Elle m’a appris que tenir n’était pas un objectif. Que revoir sa copie sur la réussite, n’était pas juste une épreuve mais une nouvelle vie qui s’offrait à moi.
Quelques mois plus tard, en pleine traversée du désert, j’ai découvert ma neuroatypie. J’avais quarante ans. J’ai enfin compris pourquoi je m’étais si souvent sentie différente (et seule). Cette découverte n’a pas changé qui j’étais. Elle m’a permis de cesser de lutter contre mon fonctionnement et de construire une vie professionnelle qui le respecte.
Pendant quarante ans, j'avais essayé de devenir une version de moi qui correspondait davantage aux attentes des autres. Pour la première fois, je me suis demandé si le problème n'était pas moi... mais les cases dans lesquelles j'essayais d'entrer.
C’est quoi entreprendre pour toi ? Qu’est-ce que ça t’apporte ?
J’ai créé ma première entreprise à 27 ans. Au départ, parce que je ressentais que le salariat ne me convenait pas.
Quand j’entreprends je le fais parce que j’aime imaginer, relier des idées, faire émerger des projets utiles. J’aime partir d’une intuition et lui donner une forme concrète.
L’entrepreneuriat m’offre surtout une immense liberté : celle de rester fidèle à mes convictions. Je peux choisir les combats que je mène, les projets que je développe et la manière dont je souhaite travailler. Cette liberté a beaucoup de valeur à mes yeux.
J'ai créé ma première entreprise à 27 ans. À l'époque, je ne mettais pas vraiment le mot « entrepreneuriat » dessus. Je savais simplement que le salariat ne me convenait pas. J'avais besoin d'espace, de liberté et surtout de pouvoir construire les choses à ma manière.
Avec le recul, je crois que je n'entreprends pas pour créer des entreprises. J'entreprends parce que j'aime créer.
J'aime partir d'une feuille blanche. Observer ce qui ne fonctionne plus. Imaginer une autre façon de faire. Relier des idées que personne n'avait rapprochées avant. C'est probablement ce qui me procure le plus d'énergie.
Je crois que je suis profondément attirée par la création de solutions « justes ». Lorsque quelque chose me semble injuste, je ne peux pas m'empêcher d'essayer de lui donner une réponse. C'est plus fort que moi.
Les Tricoteuses sont nées comme ça. J'avais l'intime conviction que mon histoire et mon passage à vide devait servir. Qu'on ne pouvait pas parler aux femmes de réussite sans parler d'héritages, de maternité, de charge mentale, de violences parfois, de santé, de talents, de croyances ou de liberté. Alors j'ai construit ma manière d'accompagner.
Des mois d’introspection, de lectures, d’apprentissage, de regard sur les parcours des femmes m’ont aidé à construire ma méthode d’accompagnement FIL.
L'écologie professionnelle est née de la même façon. J'ai cherché, testé, observé, jusqu'à construire une approche qui permette non pas de trouver un métier, mais de construire une vie professionnelle durable.
C'est peut-être ça, finalement, entreprendre pour moi : transformer une intuition et mes convictions en réalité.
Bien sûr, l'entrepreneuriat m'apporte une immense liberté. Celle de choisir mes combats, de créer les projets auxquels je crois et de rester fidèle à mes convictions. Mais il m'apporte surtout la possibilité d'avoir un impact. Lorsque je vois une idée qui n'existait que dans un carnet devenir un outil qui aide des centaines de femmes chaque année à reprendre confiance en elles, je me dis que j'ai choisi le bon chemin.
Je n'ai jamais entrepris pour être cheffe d'entreprise. J'ai entrepris parce que je crois profondément que lorsque quelque chose mérite d'exister, il faut oser le construire.
Pourquoi être une Tricoteuse ?
Je suis née tricoteuse, j’avais 39 ans. Un soir d’insomnie, j’ai découvert les tricoteuses de la révolution française. Ça a fait tilt pour moi. Tricoter signifie tellement de chose. Chacune peut y mettre son enjeu : tricoter un projet professionnel, détricoter nos parcours pour retricoter un projet plus aligné.
Nous sommes faites de notre histoire, de nos héritages, de nos rencontres, de nos blessures, de nos talents et de nos aspirations. Pendant longtemps, on nous a appris à regarder uniquement notre CV. Moi, je crois qu’il faut regarder chaque parcours professionnel au féminin depuis sa construction jusqu’à sa reconstruction.
Être une Tricoteuse, c’est accepter que l’on puisse détricoter certaines croyances, reprendre des fils laissés de côté et en tisser de nouveaux. C’est croire que notre histoire ne nous enferme pas, mais qu’elle peut devenir une ressource.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui te rend fière lorsque tu regardes le chemin parcouru ?
Presque tout, même les échecs.
Je suis fière d’avoir créé plusieurs entreprises ou d’avoir occupé des fonctions importantes.
Je suis fière d’avoir osé changer de direction lorsque je me suis aperçue que le chemin que j’avais construit ne me ressemblait plus.
Je suis fière aussi de voir des femmes reprendre confiance en elles, oser des choix qu’elles repoussaient depuis des années et construire une vie professionnelle plus respectueuse de ce qu’elles sont.
Si Les Tricoteuses permettent à certaines d’entre elles de croire à nouveau en leurs possibilités, alors je me dis que tout ce parcours avait du sens.
Si tu pouvais transmettre une seule conviction aux femmes qui liront cet entretien, laquelle serait-elle ?
J’aimerais leur dire qu’il n’est jamais trop tard pour reprendre le fil de son histoire.
Nous passons beaucoup de temps à croire que nous devons nous adapter, être plus fortes, plus performantes ou plus raisonnables. Je crois au contraire que notre plus grande responsabilité est d’apprendre à nous connaître.
Nos héritages nous influencent, mais ils ne nous condamnent pas. Nous pouvons choisir ce que nous gardons et ce que nous décidons de transformer.
Quel message as-tu envie de transmettre aux femmes qui lisent cet article ?
OSER est le plus beau verbe que je connaisse après AIMER. Mesdames, aimez votre histoire, vos richesses, vos singularités, ça vous donnera des ailes pour OSER.